D’où venons-nous?

Avant la Ligue, l’Afvac

Michel Brétagnol,
ancien président de l’Afvac 
Paru dans Pondération n° 78, octobre-novembre-décembre 2008

Créée en 1979, l’Afvac (Association des familles des victimes des accidents de la circulation) mène un incessant combat sur un double front. Celui du conseil et du soutien aux blessés et parents de tués sur la route dans leurs démarches auprès des assurances, trop souvent prêtes à les abuser, et dans les procédures judiciaires, univers autiste où ils sont restés trop longtemps incompris. Celui encore de l’action conduite auprès de l’opinion et des pouvoirs publics pour faire reculer ce fléau qu’était, et que reste, l’insécurité routière.

La force du nombre
Si, sur ce second front, l’Afvac obtint des avancées significatives, ses offensives se voyaient limitées par la nature de son recrutement militant, des écorchés vifs plongés dans la période douloureuse de leur immédiat après-drame. Pour s’étendre davantage, son action auprès de l’opinion avait donc intérêt à voir s’organiser, hors de sa structure, le renfort d’une base militante différente, car élargie à des femmes et à des hommes qui, sans avoir été forcément touchés dans leur chair ou la vie de leurs proches, aspireraient à s’engager dans un même combat.
Le cadre de l’Afvac – qu’il fallait conserver dans sa spécificité – s’avérant restrictif, la décision de donner naissance à une nouvelle structure indépendante fut adoptée. C’est ainsi qu’en 1983 fut créée la Ligue contre la violence routière. Quatre piliers de l’Afvac en prirent la tête, quatre mères d’enfants tués: mon épouse, Annick 
Brétagnol, en sa qualité d’ex-présidente de l’Afvac, Francine Cicurel, Geneviève Jurgensen et Odile Lesage, militantes de choc.

La lutte contre tout ce qui concourrait à nourrir ce fléau étendait son influence. C’est ainsi que, avec la force du nombre, l’Afvac et la Ligue parvinrent à une plus large sensibilisation de l’opinion publique, ce qui conduisit nos gouvernants à adopter bon nombre de nos propositions, dont la mise en œuvre fit régresser ce fléau indigne d’un pays qui se veut civilisé.
La baisse régulière du nombre de victimes doit beaucoup aux associations pionnières dans ce combat pour la justice et pour la vie. L’action de celles et ceux qui les ont animées a été déterminante. Annick en aura été un des éléments. 

Pour Annick, pour Sophie  
La mort de Sophie, notre flle tuée à l’âge de 17 ans par un chauffard ivre repris de justice, entraîna d’autres drames en cascade. Sa grand-mère, de chagrin, se suicida un an plus tard. Le choc affectif subi par Coralie, notre deuxième fille, l’a marquée à tout jamais. Quant à moi, déserté par les motivations très fortes qu’exigeaient mes responsabilités professionnelles, j’ai perdu une situation enviable.

Annick ne s’est jamais remise de la mort de Sophie. Minée de l’intérieur, elle en a développé un cancer. Après de longues années de lutte contre la maladie, elle a rejoint Sophie dans un autre monde. 
Annick, qui fut une mère attentive et généreuse, une épouse parfaite, une femme rayonnante, repose maintenant aux côtés de Sophie. Jusqu’à sa mort, elle dut endurer les souffrances auxquelles l’irresponsabilité d’un chauffard quasiment impuni l’avait injustement condamnée.

La Ligue contre la violence routière naît aujourd’hui

Paru dans Pondération n° 78, octobre-novembre-décembre 2008

Ce petit livret, format A5, est le premier document conçu et distribué par les fondateurs de la Ligue