Le téléphone au volant

Téléphoner ou conduire

Des études (américaine, australienne et française) ont montré que l’usage du téléphone par le conducteur d’un véhicule, mains libres ou pas, mobilise les mêmes facultés cérébrales que celles qui sont nécessaires à la conduite. Les chercheurs ont conclu que parler au téléphone en conduisant équivaut en terme de risque de collision à avoir dans le sang un taux d’alcool supérieur au taux sanctionné par la loi.

Un constat parlant
Huit Français sur dix sont équipés d’un portable. Près de la moitié des conducteurs utilisent un téléphone en conduisant. On estime que plus de 40% d’entre eux utilisent un téléphone tenu à la main. Cependant, l’usage du kit mains libres est tout aussi dangereux que le portable à l’oreille, il multiplie par trois les risques d’accident.


Dans les deux cas, c’est l’attention qui devrait être portée sur la route qui est captée par la conversation. Une expertise d’avril 2011 (Ifsttar/Inserm) estime que près de 10% des accidents corporels (environ 360 tués en 2010) sont liés à cet usage.


En moyenne, le nombre d’usagers dans la circulation qui, à un instant «t», utilisent un téléphone portable est estimé en France à 2,3% du total des conducteurs pour le téléphone tenu à la main et à 6% tous systèmes confondus. Ce sont les conducteurs professionnels qui se servent le plus du téléphone au volant (5,2% pour les poids lourds et 4,5% pour les camionnettes, selon les données 2011 de l’ONISR).


La durée des communications augmente avec le temps de conduite journalier. Selon une étude suédoise, le temps de communication est de 23 minutes pour les conducteurs de semi-remorques et de 7 minutes pour les particuliers.


Des dangers identifiés
Lors de protocoles expérimentaux conçus sur simulateur de conduite, il a été montré que téléphoner tout en conduisant, portable en main ou au moyen d’un kit mains libres, induit une augmentation significative des temps de réaction (au moins 50%), ainsi que de la charge mentale; une altération de l’attention allouée à la conduite (plus d’un tiers en cas de conversation mains libres); une moins bonne appréciation et perception des situations; une modification du comportement visuel (tendance à regarder droit devant si l’on téléphone, négligeant alors la surveillance dans les rétroviseurs du champ périphérique).


Notons que l’utilisation grandissante des smartphones ou tablettes combinée à la culture de l’immédiateté non raisonnée induit des conduites à risques très élevés qu’il convient de limiter rapidement, sans baisser les bras, même si les moyens efficaces pour cela restent encore à inventer.


Une réglementation incohérente
L’article R412-6-1 du code de la route stipule que «l’usage d’un téléphone tenu en main par le conducteur d’un véhicule en circulation est interdit. Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de deuxième classe. Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de deux points du permis de conduire».


La Ligue souligne l’incohérence de cette réglementation. Celle-ci, en effet, permet, pour des raisons de sécurité, de sanctionner l’usage du téléphone tenu en main, mais n’autorise pas de sanctionner l’usage du kit mains libres, tout aussi
   dangereux. De ce fait, la réglementation induit que le danger réside dans la manipulation physique du téléphone alors que la menace vient de la captation de l’attention du conducteur. Elle suggère donc que l’usage du kit mains libres réduit suffisamment les risques encourus. Enfin, elle introduit une discrimination entre conducteurs pouvant ou non s’équiper d’un kit mains libres. Ajoutons que le risque d’être sanctionné avec le téléphone tenu en main est extrêmement faible, notamment la nuit ou à l’intérieur de véhicules dotés de vitres teintées.


Contradiction flagrante
On ne compte plus les décisions de justice condamnant les opérateurs téléphoniques à démonter leurs antennes au nom du principe de précaution sanitaire. Or, si ces risques sont à ce jour probables, ils ne sont toutefois pas encore confirmés scientifiquement. Pourquoi alors la justice ne sanctionne-t-elle pas l’usage du téléphone en kit mains libres, dont on sait qu’il cause chaque année la mort de plus de 300 personnes?