Pour l’exécutif, la dégradation « massive » des radars explique les mauvais chiffres à venir de la sécurité routière

De son côté, l’association 40 millions d’automobilistes reproche au gouvernement de ne pas reconnaître l’« insuffisante efficacité » de la limitation de la vitesse à 80 km/h.

Par Rafaële Rivais 

L’exécutif doit s’attendre à une nouvelle épreuve, avec la publication des chiffres de la mortalité routière de 2018. Bien que déjà connus, ils ne seront dévoilés que le 25 janvier. Au Parisien, Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, a confié, le 11 janvier, que « les résultats sur les accidents mortels [de décembre 2018] [seraient] décevants ». Il a imputé ce phénomène à la « dégradation massive » des radars fixes, survenue en décembre 2018, dans le contexte de révolte des « gilets jaunes » : ceux qui les vandalisent les considèrent comme des instruments de racket de l’Etat, et non comme des outils permettant de sauver des vies.

M. Barbe a précisé que, lorsque des automobilistes passent devant un radar bâché, incapable de photographier leur plaque d’immatriculation mais enregistrant toujours la vitesse, ils accélèrent : les excès de vitesse ainsi enregistrés auraient « augmenté de 20 % ». Le délégué a affirmé que, pourtant, « sans aucun doute, les 80 km/h fonctionnent » : il faisait allusion à la baisse de la vitesse, de 90 km/h à 80 km/h, imposée le 1er juillet 2018 sur les routes à double sens dépourvues de séparateur. Sa formulation laisse entendre que la mesure a permis de sauver des vies : à la fin du mois de novembre 2018, la France, avec 3 176 personnes tuées sur les routes, comptait en effet 193 morts de moins qu’en novembre 2017.

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60 % des radars détruits

Ces déclarations ont aussitôt suscité la colère de Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes. Dans un communiqué, il a reproché au délégué « d’imputer la remontée de décembre 2018 aux dégradations commises sur les radars » plutôt qu’à l’« insuffisante efficacité » de la mesure des 80 km/h, dont il conteste qu’elle ait eu l’effet promis. Daniel Quero, le président de l’association, a souligné pour sa part que la dégradation des radars « est la conséquence directe des 80 km/h, mis en œuvre contre l’opinion des Français », qui se désolent de ne plus pouvoir doubler les camions.

M. Chasseray s’étonne aussi que l’exécutif se mette à communiquer des chiffres sur la destruction des radars fixes, alors qu’il refusait jusqu’à présent de les divulguer par « crainte de la surenchère ». Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a en effet déclaré que « près de 60 % des radars ont été neutralisés, attaqués, détruits », en marge de la cérémonie des vœux à la gendarmerie, qui s’est tenue jeudi 10 janvier à l’hôtel des Invalides, à Paris. Cela donnerait quelque 1 200 radars détruits, sur un total d’environ 2 000 radars fixes, selon la carte interactive que le ministère a mise en ligne le 2 juillet 2018.

Pendant son discours, le ministre a haussé le ton contre les casseurs : « J’ai vu sur les réseaux sociaux certains imbéciles s’afficher à côté de radars brûlés (…). Alors oui, je les traite d’imbéciles, d’inconscients, d’inconséquents, quand ils pensent qu’un trophée, une victoire, serait de brûler un radar. » Le 7 janvier, lors de la cérémonie des vœux aux forces de sécurité, à l’Ecole militaire, M. Castaner avait qualifié de « populistes » ceux qui « veulent nous faire croire qu’au nom des libertés il faudrait accepter le laisser-faire et le n’importe quoi, y compris sur nos routes ».

Fermeté nouvelle

Cette fermeté nouvelle de la Place Beauvau satisfait la présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon, qui avait déploré le « silence » de son précédent locataire, Gérard Collomb – hostile à la limitation à 80 km/h – sur les destructions intervenues dès le mois de juillet 2018. Mme Perrichon, qui est harcelée au téléphone depuis que son numéro a été diffusé par des opposants à la mesure, estime en effet que ceux qui cassent les radars « mettent des vies en danger ».

Néanmoins, elle estime que l’intérieur « ne devrait pas se contenter de parler des radars fixes, qui relèvent du passé ». Il devrait « expliquer les raisons pour lesquelles l’abaissement de la vitesse à 80 km/heure n’a pas été associé à une utilisation intensive des radars embarqués dans les voitures banalisées, qui aurait permis de le faire respecter ». En effet, les conducteurs lèvent le pied lorsqu’ils craignent qu’un tel radar se trouve dans la circulation. Or, selon l’accidentologue Claude Got, qui a effectué lui-même des comptages sur les routes à double sens sans séparateur, « 80 % des voitures » ne respecteraient pas la nouvelle limitation, ce qui expliquerait que les résultats obtenus soient moins bons que ceux qui étaient attendus.

Combien d’heures, par jour, les radars embarqués ont-ils été utilisés, dans l’ensemble des départements, depuis juillet 2018 ? Leurs verbalisations de décembre vont-elles compenser les pertes de recettes liées aux destructions de radars fixes ? Le Monde a essayé en vain de savoir. Les préfectures interrogées, ainsi que l’opérateur Mobiom, qui gère les voitures ainsi que leurs chauffeurs en Normandie, ont refusé de répondre, renvoyant vers la délégation à la sécurité routière. Celle-ci assure qu’« aucun bilan n’est communicable en l’état ».

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