Editorial de Pondération n°116 juillet-août-septembre

Les ministres démagogues qui faisaient passer la vitesse avant la vie et le handicap ont quitté le Gouvernement. Bon débarras. Maintenant, seule une gestion exemplaire du 80 km/h permettra de convaincre à court terme la majorité des usagers qui sont soumis en permanence à une désinformation organisée.

Ainsi, les failles majeures, identifiées depuis 5 à 20 ans, doivent être corrigées en urgence. Pour ce faire, des programmes précis, avec un calendrier et des chargés de mission responsables de leur bonne fin sont essentiels.

La France souffre d’un déficit permanent d’aptitude à l’évaluation. Mais si nous avons su analyser la réussite de la politique de J. Chirac qui a permis de diviser par deux la mortalité (grâce notamment au contrôle sanction automatique), à ce jour, l’État et ses gestionnaires, politiques ou administratifs, n’ont pas effectué la même démarche pour l’échec de la période 2014/2016.

Pourquoi cette amertume dans nos rangs aujourd’hui, quand nous devrions nous réjouir que l’effet d’annonce du 80 km/h en janvier et son application en juillet aient déjà sauvé 145 vies en neuf mois. Parce que les résultats ne sont pas suffisants, faute d’une gestion adaptée à l’application de la décision. Malfaisance, insuffisance, les deux ?

Des mesures concrètes s’imposent aujourd’hui en urgence.

• Tant que 5 à 10 véhicules banalisés dans chaque département ne sillonneront pas en permanence les routes  pour contrer les avertisseurs de radars qui affaiblissent les contrôles, des observateurs bénévoles qui effectuent actuellement des mesures de vitesse (pour à nouveau pallier les carences de l’État) pourront prouver qu’une fraction importante des conducteurs ne respectent pas le 80. Ce n’est pas surprenant. Au lieu d’utiliser les réservistes des forces de l’ordre (en prétextant le coût ou le manque de volontaires), la DS(C)R a lancé une expérimentation en Normandie avec des sociétés privées. La reconnaissance des panneaux a été présentée comme le nec plus ultra d’une technologie qui allait éliminer la suspicion à l’égard de personnes non assermentées. Hélas, ce serait un fiasco : des centaines de kilomètres parcourus pour une poignée de PV inutilisables. Signalons que les véhicules conduits par les policiers, selon la méthode classique, continuent à remplir leur mission. Suffit qu’ils roulent ! Il est urgent de choisir entre l’efficacité assurée par la simplicité, et les sophistications informatiques inutiles qui sont en train de devenir une spécialité de l’administration française.

• Il faut impérativement étendre à la vitesse la douzième mesure du CISR du 9 janvier :
« permettre aux forces de l’ordre, à leur demande, de suspendre temporairement les systèmes de localisation de leur contrôle d’alcoolémie et de stupéfiants. » ! Alors qu’une mesure de rupture centrée sur la vitesse, première cause de mort sur les routes, vient enfin d’être adoptée, il est incohérent d’avoir une possibilité d’agir efficacement pour les contrôles et de ne pas l’utiliser.

• Un énième groupe va se concerter pour établir un énième diagnostic de ce qui ne fonctionne pas dans le retrait de points, après interception par les forces de l’ordre, sous prétexte que de nouveaux logiciels sont utilisés ! Comment faut-il le dire pour être compris ? Depuis 2011, « l’évaporation » d’environ 50 % des points à retirer est stable et connue, et seule la nomination d’un chef de projet, mandaté pour remédier à cette situation, avec obligation de rendre compte de l’avancement des progrès, montrerait la volonté de concrétiser une promesse de notre actuel Président. Les experts, avec qui nous travaillons, nous ont inculqué l’exigence de la rigueur qui ne relève ni du formalisme ni de la polémique, mais qui assure la qualité de l’information. Nous venons de découvrir, grâce à leur vigilance, que la situation a empiré en 2017. Dans le « Bilan des infractions et des retraits de points » de 2017 que vient de publier l’ONISR(1), nous découvrons avec stupéfaction que plus de 60 % des points n’ont pas été retirés après contrôles positifs d’alcoolémie (contraventionnels et délictuels) par les forces de l’ordre. Un record ! Voir l’encadré page suivante.

• Si l’on veut augmenter l’acceptabilité pour le 80, il faut faire confiance à l’intelligence des Français et communiquer en toute transparence les résultats sur les vitesses moyennes pratiquées et la localisation de l’accidentalité sur les routes concernées. N’avoir installé que 40 observatoires de vitesses, alors qu’il en faudrait plusieurs par département et avoir des résultats trimestriels, est inexcusable.

• L’argent ne manque pas à la DS(C)R, mais ce n’est pas en gaspillant des millions d’euros pour combler le puits sans fond d’une communication jamais évaluée que l’information sera enfin correctement transmise. L’urgence, comme dans les exemples précités, réside dans la nomination d’une personnalité capable d’anticiper, de diriger des équipes avec des chefs de projets rendant compte de leurs résultats selon un agenda et des critères précis. L’évaluation est indispensable pour assurer la gestion et l’effectivité d’une mesure. En son absence, il est impossible de neutraliser les polémiques permanentes, entretenues par des opposants qui exploitent l’insuffisance de preuves. Ainsi, devant l’incapacité de la DS(C)R de répondre aux interrogations des médias, des élus, des politiques et du public, nous avons été obligés de faire une étude initiée et coordonnée par C. Got, qui a eu un retentissement national. Ces cartes départementales, établissant l’accidentalité mortelle au niveau des voies, sont un outil de compréhension majeur et sont consultées constamment. Cette étude, indispensable et d’utilité publique, réalisée par des bénévoles, n’a coûté aucun euro à l’État. N’est-il pas éclairant de lire dans la presse(2)

le 20 juin que « pour tenter de convaincre, la Sécurité routière présente études et statistiques.
À quelques jours de l’entrée en vigueur du 80 km/h sur une partie du réseau secondaire, E. Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière a sorti, ce mercredi, lors d’une conférence de presse, des chiffres, des schémas et des interviews filmées de chercheurs. En une heure de présentation, ce dernier a souhaité démontrer l’intérêt de réduire de 10 km/h la vitesse sur les axes en double sens, d’une voie chacune et sans séparateur central. L’un des moments intéressants fut de voir apparaître sur écran le professeur norvégien Rune Elvik. Un visage est enfin mis sur la fameuse formule scientifique selon laquelle “1 % de vitesse en moins équivaut à 4 % de morts en moins”. Il était temps ! ».
Ces éléments auraient dû circuler dès la fin du CISR de janvier pour étayer la décision, la rendre compréhensible et par conséquent acceptable.

Mais la pédagogie que tous attendaient a été paralysée, placardisée par la lenteur et des tergiversations exaspérantes. Dommage, elle aurait évité ensuite de transformer nos policiers et nos gendarmes en distributeurs de flyers. À chacun sa mission, j’oubliais… ses responsabilités !

Je dédie ce numéro de Pondération à la petite Loreen, âgée de 6 ans lorsqu’elle fut tuée par un chauffard qui s’était enfui après l’avoir percutée. Dix années furent nécessaires pour le retrouver et le juger. Grâce à un appel anonyme 5 ans plus tard, les enquêteurs ont repris leurs investigations et retrouvé la voiture grise dont le rétroviseur avait été arraché lors de l’accident. Mais il aura également fallu la ténacité du procureur pour obtenir des aveux durant l’audience. « J’ai fait comme si ça n’avait pas existé. J’avais pris l’habitude de vivre avec ça ». Tels furent les commentaires de l’homme qui a tué Loreen.


1) Nombre de contrôles positifs d’alcoolémie
• Page 26, le tableau indique 334 860 infractions avec un dépistage positif.

• Page 29, les deux tableaux indiquent 123 926 (délits) + 80 182 (contraventions) = 204 108 infractions.
Conclusion : les chiffres des pages 26 et 29 qui devraient être les mêmes diffèrent de 130 752. Que sont devenues les 130 752 infractions qui n’ont pas été sanctionnées ?

1) Nombre de points retirés pour alcoolémie délictuelle ou contraventionnelle
• Pages 48 et 49, il est écrit que le nombre de points retirés pour des alcoolémies délictuelles et contraventionnelles est égal à 396 144 + 348 294 = 744 438. Or d’après la page 26, les 334 860 infractions avec dépistage positif auraient dû entraîner 334 860 × 6 = 2 009 160 retraits de points.

Conclusion : il n’y a eu que (744 438 × 100)/2 009 160 = 37 % de points retirés. Pour quelles raisons 63 % des points qui auraient dû être retirés se sont-ils « évaporés » ?

• Par ailleurs, au tableau « Alcool » de la page 42, le chiffre ci-dessus de 744 438 des pages 48 et 49 se transforme en 791 682. Que croire ?

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