Le gouvernement décide d’abaisser la vitesse sur les routes secondaires

Le premier ministre a annoncé mardi une série de dix-huit mesures dont l’objectif est d’« agir sur le comportement des conducteurs ».

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Rafaële Rivais et Cédric Pietralunga

lien vers l’article dans Le Monde

Assumer l’impopularité pour « sauver des vies » et inscrire son action dans l’histoire des « mesures de rupture » qui ont fait diminuer le nombre de tués sur les routes de France : c’est ainsi que le premier ministre, Edouard Philippe, a présenté à la presse les décisions prises par le comité interministériel de la sécurité routière (CISR), mardi 9 janvier.

La première, la plus attendue, la plus « importante », mais aussi celle qui suscite la « colère » des associations d’automobilistes, concerne la vitesse : elle devra baisser, de 90 km/h à 80 km/h, à partir du 1er juillet, sur les routes secondaires, dont les deux voies ne sont pas séparées par un muret. Cela concerne quelque 400 000 kilomètres de routes hors agglomération, qui, en 2016, ont « concentré 55 % des accidents mortels » et fait 1 911 tués.

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Cette disposition – réclamée de longue date par la Ligue contre la violence routière – permettra de sauver « de 350 à 400 vies » par an, soit « une vie par jour », a insisté le premier ministre. Elle fait partie de ces « mesures de rupture » qui « modifient en profondeur le comportement des conducteurs », et font baisser la mortalité, a-t-il fait valoir, en citant « la ceinture de sécurité en 1973, la baisse de la vitesse à 50 km/h en agglomération en 1990, le permis à points en 1992 et les radars fixes en 2002 ».

Leur mise en place n’a « pas exactement suscité l’enthousiasme », a-t-il rappelé. Mais, « dix ans, vingt ans, trente ans plus tard, que constate-t-on ? D’abord qu’elles étaient justifiées (…) et qu’elles se sont progressivement intégrées. » Il est donc du « devoir » de l’exécutif de les prendre, a-t-il insisté, alors que 59 % des Français y sont opposés, selon un sondage Harris Interactive publié le 9 janvier pour RMC et Atlantico, et que, au sein de la majorité, certains députés, tel Patrice Perrot (Nièvre), y sont défavorables.

3 500 morts, l’équivalent d’une ville comme Cabourg

« Chaque fois qu’un gouvernement a eu le courage de s’engager, les résultats ont été spectaculaires », a observé Edouard Philippe.

« Nous avons besoin de résultats, car après trente années de progrès continu, nous venons de connaître trois années consécutives de hausse de la mortalité routière. »

Le premier ministre a utilisé quelques images éloquentes : « 3 500 personnes qui meurent chaque année dans un accident, c’est l’équivalent d’une ville comme Cabourg ou Forges-les-Eaux qui serait rayée de la carte. » Et 72 000 blessés, « c’est l’équivalent de la ville de La Rochelle ou du Stade-Vélodrome ». Et ce dernier d’insister : on ne peut se « résigner » à cette situation, l’« insécurité routière n’est pas une fatalité ».

Aux Français qui manifestent du scepticisme sur l’intérêt des mesures prises par le CISR, il a assuré qu’elles « répondent à un critère et un seul, leur efficacité à diminuer le nombre d’accidents ». Il a d’ailleurs annoncé une « clause de rendez-vous au 1er juillet 2020 » pour évaluer l’efficacité de cette baisse de vitesse.

Si les résultats ne sont pas « à la hauteur » des espérances, « le gouvernement prendra ses responsabilités ». Mais il se dit certain qu’elles produiront les résultats escomptés : l’objectif, fixé par la Commission européenne, de descendre en dessous de 2 000 tués en 2020 – « on pourra faire mieux », a-t-il même estimé.

Une décision « sans lien avec une motivation financière »

Soucieux de désamorcer les accusations de racket des automobilistes, le premier ministre a précisé que sa décision « est sans lien avec une quelconque motivation financière ». D’ailleurs, le probable surplus de recettes budgétaires que la baisse de la vitesse générera « ira en intégralité » aux soins des accidentés de la route.

Quant au coût du changement des panneaux de signalisation sur les routes départementales (entre 5 et 10 millions d’euros), il « sera entièrement financé par l’Etat ». C’est ce qu’a demandé Dominique Bussereau, patron du conseil départemental de Charente-Maritime et président de l’Assemblée des départements de France. Il y en aura au moins 20 000 à changer, sans compter ceux qui pourraient être ajoutés à des endroits où ils sont absents aujourd’hui, pour familiariser les usagers à cette nouvelle mesure.

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M. Philippe s’est montré soucieux de ne pas paraître mépriser les habitants des zones rurales, comme l’en accusent le Front national et la droite ; Damien Abad, vice-président des Républicains et député de l’Ain, affirme ainsi que « les victimes de la réduction de vitesse ne seront pas les habitants des métropoles, mais bien les 51 % de Français vivant dans des communes de moins de 10 000 habitants ».

Le premier ministre a avoué « avoir été sanctionné pour excès de vitesse », lors de ses allers-retours entre Paris « et Le Havre », dont il était maire, et avoir« conscience de l’agacement que ces sanctions peuvent susciter ». Mais, « passer de 90 km/h à 80 km/h sur un trajet de 40 kilomètres (…), trajet quotidien moyen, cela représente trois minutes supplémentaires », a-t-il fait valoir. Que valent trois minutes de plus « quand il s’agit de sauver une vie par jour » ? Selon son entourage, M. Philippe compte rencontrer rapidement les éditorialistes de la presse quotidienne régionale pour leur présenter son plan de lutte. Il doit effectuer un déplacement en province sur ce thème d’ici fin janvier.

Récompenser les « conducteurs exemplaires »

Le CISR, qui a pris dix-huit mesures, en a consacré plusieurs à la lutte contre la conduite sous l’empire de l’alcool ou des stupéfiants. Il prévoit ainsi de« multiplier l’usage des éthylotests antidémarrage », qui empêchent le véhicule de partir si le conducteur a un taux d’alcoolémie supérieur au seuil autorisé.

Pour garantir l’effectivité du contrôle des forces de l’ordre sur le bord des routes, il compte aussi interdire périodiquement, dès la fin de l’année, toute possibilité de signalement de leur présence sur les applications communautaires d’aide à la conduite. Cette mesure était fortement réclamée par la Ligue contre la violence routière. Il souhaite enfin mieux protéger les passages piétons, grâce à des sanctions plus lourdes pour les automobilistes qui ne les respectent pas.

Enfin, s’adressant aux « 37 millions de Français qui possèdent leurs douze points de permis », le premier ministre a souhaité que « les conducteurs exemplaires » soient récompensés par les pouvoirs publics. Mais, comme « le sujet divise », il va confier au Conseil national de la sécurité routière, instance de conseil, la mission de dire si c’est opportun, et si oui, à quelles conditions.

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