Sur la communication

sécurité routière : le modèle de l’entreprise

Il y a bien longtemps que l’objectif « zéro accident » est de rigueur dans les entreprises et unanimement accepté. Personne ne conteste désormais ce qui pouvait, il y a encore quelques années, passer pour une utopie mais qui est maintenant la règle non seulement acceptée mais exigée de tous, employés, employeurs, syndicats et pouvoirs publics

Un modèle à copier
Avec la mouvance de la qualité totale, l’entreprise vise à éliminer tous les défauts des produits et à satisfaire ses clients. Ce sont les concepts de «zéro défaut» et de «100% de clients satisfaits». Plus récemment, le concept de «développement durable» impose de penser à l’avenir de nos enfants mais, avant toute chose, au présent, à l’intégrité physique des salariés. Dans cette communauté de travailleurs d’une entreprise, du directeur à l’ouvrier en passant par le délégué syndical, tous s’accordent à dire qu’en matière de sécurité «le seul objectif acceptable est l’objectif zéro accident». Pour l’atteindre, des processus avec des règles très précises ainsi que des formations régulières sont mis en place et suivis par l’ensemble du personnel, hiérarchie en tête. Les règles doivent être appliquées avec rigueur. Le personnel apprend vite que, si un accident mortel survient en entreprise, il n’est que la partie visible d’un contexte plus large d’insécurité. On distingue communément les cinq niveaux d’insécurité présentés dans le schéma ci-dessous.

Trois principes majeurs accompagnent
cette démarche de sécurité en entreprise:
l’affichage très visible des objectifs intermédiaires à atteindre (par exemple, le nombre de situations à risques révélées et résolues) ;
la publication régulière des réalisations et du plan d’action correcteur si celles-ci sont évaluées comme ne permettant pas d’atteindre les objectifs fixés ;
l’engagement de chaque employé à appliquer à tout instant la démarche «zéro accident» et l’acceptation des sanctions prévues en cas de non-respect des règles de sécurité.
Plus de deux décennies de mise en œuvre de ces principes ont montré que cela fonctionne et que le «zéro accident», loin d’être une utopie, est un slogan et un objectif mobilisateurs qui produisent des résultats très positifs. On imagine donc tout l’intérêt pour la sécurité routière de s’inspirer de ce modèle. 

engagé pour la sécurité dans l’entreprise, donc engagé pour la sécurité sur la route?
Au moment où le nombre de victimes sur les routes de France diminue tout en restant à un niveau intolérable, car encore loin du «zéro accident», il serait utile de voir ce qui, du modèle «entreprise», peut être transposable dans nos modes d’action pour en améliorer l’efficacité. Rappelons, si besoin est, qu’environ la moitié des accidents mortels du travail en France sont des accidents de la circulation.
Le principe premier du modèle de sécurité concerne l’affichage des objectifs intermédiaires. Communique-t-on suffisamment sur les accidents de la route évités ou les accidents matériels?
Quant au deuxième principe, qui vise à montrer le plan d’actions concrètes pour atteindre l’objectif, pourquoi se féliciter d’une faible baisse du nombre de victimes tout en décidant dans l’urgence et sans concertation de mesures qui s’avéreront inefficaces?
Le troisième principe suppose enfn un engagement personnel à une contribution au «zéro accident»: pourquoi tolère-t-on que des modifications des règles de sécurité en vigueur sur la route entraînent des relâchements de comportement? Pourquoi, dans la société civile, subsiste-t-il tant de débats sur l’alcool au volant alors que, dans l’entreprise, il y a bien longtemps que les cocktails de départ sont arrosés au jus de fruits? Pourquoi tant de discussions sur la dangerosité du kit téléphone mains libres au volant alors que des études incontestables prouvent sa dangerosité et que la plupart des entreprises interdisent de téléphoner au volant?

Dans une entreprise, les dirigeants sont nommés pour appliquer une stratégie d’entreprise en mettant en place des règles de fonctionnement plaçant la santé et la sécurité des employés au premier rang de leurs priorités. Dans la société civile ouverte, les responsables représentent le peuple qui les élit, et l’objectif des élus est de conserver leur mandat. En l’absence de réelle vision collective proposée, c’est une addition d’égoïsmes plus ou moins structurés en lobbies qui fait la décision d’une élection. On voit donc la différence entre ces deux milieux: la nécessaire solidarité entre les employés d’une entreprise vis-à-vis des problèmes de sécurité, qui implique une adhésion de chacun au respect des règles, alors que, dans la société civile ouverte, des égoïsmes triomphent toujours en cherchant et en réussissant à échapper à la règle.
À la frontière de ces deux milieux, et plus particulièrement en période de crise économique et financière, apparaissent d’une part les contraintes économiques des entreprises et d’autre part le fait qu’un employé d’une entreprise devient un citoyen ordinaire lorsqu’il a franchi les portes de son entreprise et qu’il n’est plus en mission pour elle. Le point commun à ces deux milieux est l’employé citoyen, et l’enjeu de la sécurité sur la route est étroitement lié à la cohérence de comportement de cet employé citoyen dans ces deux milieux et à leur organisation.

Autre éclairage des difficultés pour parvenir au «zéro accident»: pourquoi les contraintes draconiennes qu’il semble naturel à tous d’appliquer aux pilotes d’avions et aux conducteurs de trains ne seraient-elles pas applicables aux conducteurs de véhicules individuels que nous sommes? N’avons-nous pas les mêmes responsabilités et exigences de respect vis-à-vis des personnes que
nous transportons et des autres usagers avec qui nous partageons la route? 

Le «permis» de conduire que nous possédons ne donne pas le droit de faire n’importe quoi. Il devrait être considéré comme un «contrat de conduite» en société, au même titre qu’un contrat de travail ou une habilitation à faire fonctionner telle ou telle machine dans une entreprise.

 

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