La sécurité routière et les candidats à l’élection présidentielle

La mortalité sur les routes s’est aggravée en 2014 et 2015 avec 3 464 tués fin 2015. « Pour la première fois depuis 1972, nous avons supporté l’inacceptable, trois ans d’accroissement de la mortalité sur les routes exprimant l’inefficacité décisionnelle », insiste le groupe d’experts. C’est la première cause de mort des jeunes adultes.
A la question d’abaisser de 90 km/heure à 80 km/heure la vitesse maximale, refusée par le gouvernement actuel, seuls les deux candidats de gauche se disent favorables. François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen refusent. « Contrairement à ce que dit la candidate du Front national, la corrélation entre vitesse maximale et mortalité est forte. C’est une notion établie depuis une cinquantaine d’années, insiste Claude Got. La notion de sécurité est une valeur qu’elle met constamment en avant, mais son comportement ne s’accorde pas avec l’état des connaissances dans ce domaine », poursuit-il. Elle ne veut pas diminuer la vitesse autorisée sur les routes qui tuent le plus.
Autre question : « Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? » Seul Jean-Luc Mélenchon y est favorable, les quatre autres candidats refusant. Or, « le refus de rendre efficace une méthode de contrôle d’un risque est une promotion de l’insécurité », note le collectif. Enfin, François Fillon reste silencieux sur le fait d’assurer la qualité du dispositif qui permet de regagner des points sur le permis de conduire. Quant à Marine Le Pen, elle refuse également cette mesure.

Sur l’expertise technique des infrastructures routières, indispensable aux yeux du collectif pour prévenir les impacts contre les arbres, etc., seul Emmanuel Macron ne répond pas positivement à
cette question, même s’il déclare que « les améliorations techniques déjà prises doivent être poursuivies ».

 

Détail sur le site http://securite-sanitaire.org/

Les réponses des candidats “présidentiables”: Fillon, Hamon, Le Pen, Macron, Mélenchon

Fillon aucune réponse concernant la sécurité routière

Hamon

L’insécurité routière :

13/ Abaisserez-vous de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation ? OUI

14/ Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? NON

15/ Assurerez-vous la qualité du dispositif de retrait de points ? OUI

16/ Créerez-vous une expertise technique des infrastructures routières comportant une programmation de la réduction des risques liés aux obstacles verticaux ? OUI

Le Pen

13/ Abaisserez-vous de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation ? Non, nous ne baisserons pas la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation. La corrélation entre vitesse maximale et mortalité est faible. Ainsi, en 2013, l’Allemagne accusait 41 morts sur les routes pour 1 million d’habitants, alors que la France a subi 50 décès sur les routes pour 1 million d’habitants, et ce alors même que la vitesse maximale autorisée en Allemagne est supérieure à celle pratiquée en France, et que la majorité des autoroutes allemandes n’est soumise à aucune limitation de vitesse.

14 et 15 / Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? Assurerez-vous la qualité du dispositif de retrait de points ? Nous souhaitons mettre fin au racket des automobilistes, car la plupart des infractions concernent des excès de vitesse faibles et, sous couvert de lutte contre les accidents de la route, on a fait des conducteurs automobiles des vaches à lait. Bien entendu, nous ferons appliquer la loi, mais il n’y aura plus de retrait de points pour les petits dépassements (inférieurs à 10 km/h) et ceux-ci feront l’objet de contraventions réduites. En revanche, les sanctions pour les dépassements importants seront alourdies. Nous souhaitons également plus de contrôles sur les axes dangereux et dans les situations qui nécessitent une vigilance particulière (fort brouillard, neige …). Nous poserons un moratoire sur l’installation de nouveaux radars, et nous ferons un audit sur ceux en place afin de s’assurer qu’ils font réellement baisser le nombre d’accidents sur les routes. Ceux qui n’ont pas d’efficacité démontrée seront démontés et déplacés dans des zones accidentogènes. La lutte contre l’ébriété au volant et contre la conduite sous influence de substances psychoactives doit être renforcée, ainsi les contrôles seront renforcés.

16/ Créerez-vous une expertise technique des infrastructures routières comportant une programmation de la réduction des risques liés aux obstacles verticaux ? Oui, les routes sont par endroits dans un état déplorable, or l’état des infrastructures a un impact non négligeable sur le nombre d’accidents. Les vagues de décentralisation vers les collectivités territoriales ont apporté de la confusion et réduit l’investissement public dans l’entretien du réseau routier. Les autoroutes françaises sont, elles, relativement bien entretenues mais cela s’est fait au prix d’augmentations massives des péages. Il faut revenir à une organisation cohérente de l’intervention publique. Nous mènerons une nationalisation des sociétés d’autoroute afin de rendre aux Français un patrimoine qu’ils ont financé et dont ils ont été spoliés. Les péages d’autoroute seront gelés et ils financeront la hausse du budget de l’entretien du réseau secondaire. L’entretien du réseau routier et autoroutier français devra bien entendu tenir compte des risques liés aux obstacles verticaux.

Macron

13. Abaisserez-vous de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation ? De manière générale, l’une de mes priorités sera de progresser sur la sécurité routière et la sécurité pour les piétons, les cyclistes et les deux roues, qui régressent aujourd’hui. Il faut encourager les initiatives visant à mobiliser toute la société face à ce drame humain pour tenir l’objectif de passer sous la barre des 2.000 morts par an. La politique de sécurité routière doit retrouver son caractère interministériel pour concilier la répression, la prévention, le travail sur les infrastructures et les véhicules. J’engagerai donc des actions ciblées en faveur des usagers les plus vulnérables, notamment les 2 roues et les piétons. La baisse de limitation des vitesses peut constituer une piste de progrès en la matière. Mais elle n’est pas la seule. Les accidents peuvent aussi survenir à des vitesses moindres, le cœur du problème étant l’éducation au respect des vitesses. En France, les vitesses sont “impaires” : 30, 50, 70, 90, 110, 130. Cela participe de leur lisibilité. Je souhaite d’ailleurs que l’on revisite certains réseaux, je pense aux autoroutes urbaines par exemple, pour faciliter la lisibilité par les usagers, car parfois on ne sait plus à quelle vitesse rouler, entre les tunnels, les virages, etc. Je suis naturellement favorable, dès lors que les conditions de danger l’imposent, à abaisser la vitesse à 70. Mais abaisser en section courante la vitesse à 80 interrogerait l’ensemble de l’édifice. Il faudra donc conduire une réflexion cohérente incluant les effets sur le reste du réseau dans ce genre de décisions.

14. Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? Je pense nécessaire de poursuivre une politique d’ensemble, cohérente, de la prévention (information, formation…), conditions de circulation (infrastructures, signalisation…), police et sanction (radars fixes et mobiles…). Ce n’est que de cette manière que nous continuerons à réduire la mortalité routière. Je lutterai avec la plus grande sévérité contre les infractions les plus dangereuses (téléphone et alcool au volant) et, ce faisant, je continuerai le déploiement des outils de contrôle comme par exemple les nouveaux radars avec de nouvelles fonctionnalités, afin que les automobilistes respectent les limitations de vitesse. Les contrôles mobiles sont par définition non signalés en amont. Tous les types d’outils de contrôle doivent être déployés au bénéfice de la réduction du nombre d’accidents et de victimes.

15. Assurerez-vous la qualité du dispositif de retrait de points ? Naturellement. C’est la crédibilité de la sanction qui est en jeu. De manière générale, je me suis prononcé pour l’application sans faille des peines et des sanctions prononcées, ce n’est pas pour accepter que des pénalités pour excès de vitesse soient traitées avec une négligence coupable. Qui dit contrôle dit sanction aux contrevenants, et qui dit sanction dit efficacité du système de pénalisation. Il ne peut y avoir de tolérance à géométrie variable sur cette question très lourde de la sécurité routière.

16. Créerez-vous une expertise technique des infrastructures routières comportant une programmation de la réduction des risques liés aux obstacles verticaux ? La question de la qualité des infrastructures est une question importante, qui dépasse d’ailleurs celle des obstacles verticaux dont nous savons qu’ils aggravent la violence des accidents. Beaucoup d’initiatives techniques ont été prises sur le sujet : installation de glissières métalliques entre la route et les arbres, replantage des arbres au-delà des fossés, protection des piles de ponts par des murets ou des glissières, etc. Il faut poursuivre ses améliorations et en penser de nouvelles. Pour cela, je souhaite que la sécurité routière et les gestionnaires routiers travaillent étroitement ensemble, en lien avec les centres scientifiques de l’Etat, comme l’IFSTTAR notamment, particulièrement en pointe sur les questions de sécurité routière. Différents projets de recherche et développement sont d’ailleurs en cours, je m’assurerai de leur financement. Je veillerai également, sur les routes nationales qui sont du domaine de l’Etat, à ce qu’elles bénéficient d’un budget d’entretien suffisant pour que les routes, leurs équipements de sécurité, la signalisation soient en bon état et que les défauts d’entretien ou l’absence de régénération de la chaussée ne soient plus un problème. Dans les années passées, l’entretien des routes a trop souvent été une variable d’ajustement budgétaire. Il suffit de regarder l’état des chaussées, des équipements routiers pour constater que la situation s’est dégradée. Tous les rapports officiels pointent cette défaillance. La sécurité routière impose que nous ne négligions plus cette question.

Mélenchon

13/ Abaisserez-vous de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation ? OUI (initialement la réponse avait été NSP et une demande de précision l’a transformé en OUI)

14/ Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? OUI

15/ Assurerez-vous la qualité du dispositif de retrait de points ? OUI

16/ Créerez-vous une expertise technique des infrastructures routières comportant une programmation de la réduction des risques liés aux obstacles verticaux ? OUI

 

Le Monde « Science et Techno » 11/04/2017 Pascale Santi et Cécile Brajeul

Sept spécialistes ont interrogé les candidats à l’élection présidentielle sur les problématiques de santé et de prévention.

La santé, qui reste une préoccupation majeure des Français, n’occupe que peu de place dans le débat de la campagne présidentielle. Et les questions de prévention sont peu présentes dans les programmes des candidats. Depuis 1988, et à chaque scrutin, un groupe d’acteurs de santé publique – ils étaient cinq au départ, ils sont sept aujourd’hui – interroge les candidats à l’élection présidentielle sur ces sujets.

L’absence d’avancées en matière de prévention sous le quinquennat de François Hollande ainsi que les agissements de puissants groupes de pression ont été dénoncés dans une tribune intitulée « La santé malade des lobbys », publiée dans Le Monde daté du 28 février (1) par ces sept personnalités engagées : Gérard Dubois, professeur de santé publique ; Irène Frachon, pneumologue ; Claude Got, professeur honoraire de médecine ; Serge Hercberg, professeur de nutrition ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur honoraire de médecine ; et Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière.

Sur les quatorze mesures que ces spécialistes avaient proposées en 2012, seule une a été mise en place : le paquet de cigarettes neutre, point central du Programme national de réduction du tabagisme.

Si la santé des Français s’améliore, on déplore encore un nombre considérable de morts ­évitables.

Dès 1988, « nous avons alerté sur les 100 000 morts par an liées au tabac, à l’alcool et à la vitesse sur les routes », explique le professeur Gérard Dubois. Des chiffres toujours d’actualité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Nations unies ont fait des maladies chroniques une priorité, et ciblent comme principales causes le tabac, l’alcool, la sédentarité et la mauvaise alimentation.

A cela s’ajoutent aussi les accidents de la route. « Les principales causes de décès sont dues à des produits fabriqués, distribués et promus par l’homme. On parle de pandémie industrielle »,…

(Suite réservée aux abonnés)

Extrait de l’article concernant la sécurité routière

La mortalité sur les routes s’est aggravée en 2014 et 2015 avec 3 464 tués fin 2015. « Pour la première fois depuis 1972, nous avons supporté l’inacceptable, trois ans d’accroissement de la mortalité sur les routes exprimant l’inefficacité décisionnelle », insiste le groupe d’experts. C’est la première cause de mort des jeunes adultes.

A la question d’abaisser de 90 km/heure à 80 km/heure la vitesse maximale, refusée par le gouvernement actuel, seuls les deux candidats de gauche se disent favorables. François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen refusent.

« Contrairement à ce que dit la candidate du Front national, la corrélation entre vitesse maximale et mortalité est forte. C’est une notion établie depuis une cinquantaine d’années, insiste Claude Got. La notion de sécurité est une valeur qu’elle met constamment en avant, mais son comportement ne s’accorde pas avec l’état des connaissances dans ce domaine », poursuit-il. Elle ne veut pas diminuer la vitesse autorisée sur les routes qui tuent le plus.

Autre question : « Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ? » Seul Jean-Luc Mélenchon y est favorable, les quatre autres candidats refusant. Or, « le refus de rendre efficace une méthode de contrôle d’un risque est une promotion de l’insécurité », note le collectif.

Enfin, François Fillon reste silencieux sur le fait d’assurer la qualité du dispositif qui permet de regagner des points sur le permis de conduire. Quant à Marine Le Pen, elle refuse également cette mesure.

Sur l’expertise technique des infrastructures routières, indispensable aux yeux du collectif pour prévenir les impacts contre les arbres, etc., seul Emmanuel Macron ne répond pas positivement à cette question, même s’il déclare que « les améliorations techniques déjà prises doivent être poursuivies ».

Commentaires du collectif sur les réponses aux questions concernant la sécurité routière (Site securite-sanitaire.org 10/04/2017)

Extrait (1) des commentaires sur les réponses des 5 candidats « présidentiables » François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon.

13/ Abaisserez-vous de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur les voies sans séparation des sens de circulation ?

L’insécurité routière est un problème majeur de sécurité sanitaire (première cause de mort des jeunes adultes) qui produit une quantité impressionnante d’affirmations fausses. La familiarité avec la conduite, l’appétence pour la vitesse, transformant un certain nombre d’usagers en spécialistes de la sécurité routière.

Abaisser à 80 km/h la vitesse sur le réseau actuellement à 90 était la proposition clé du programme commandé au Comité des experts auprès du Conseil national de la sécurité routière en 2013. Elle a été refusée par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve dans un discours prononcé devant le CNSR qui a été un modèle de désinformation et de dénaturation des faits. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont été favorables à la mesure, refus de Fillon (sans argumentation), d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen.

Contrairement à ce que dit Marine Le Pen, la corrélation entre vitesse maximale et mortalité est forte. C’est une notion établie depuis une cinquantaine d’années. Quand la France a instauré une limitation de vitesse à 120 km/h au moment du premier choc pétrolier en décembre 1973, la mortalité a été divisée par deux.

La comparaison de l’accidentalité de la France et de l’Allemagne n’est pas un argument utilisable, car les deux réseaux routiers ont des longueurs différentes, et la densité de la population dans les deux pays est également différente, ce qui modifie les densités de circulation sur les routes. Une densité de circulation élevée réduit la mortalité au kilomètre parcouru et accroît la mortalité au kilomètre de voie. Par ailleurs, la proportion d’autoroutes allemandes avec une vitesse totalement libre est actuellement très faible. La recommandation de ne pas dépasser 130 km/h concerne la quasi-totalité du réseau et les assurances pénalisent les usagers quand un accident survient avec une vitesse dépassant ce seuil. A la différence de la France, l’Allemagne ne publie pas de données statistiques établissant la distribution des vitesses sur ses routes et autoroutes. La description d’une Allemagne paradis des amateurs de grande vitesse, circulant librement sur des autoroutes où la vitesse n’est pas limitée, avec peu d’accidents mortels, est un mythe qui a la peau dure.

La volonté de Marine Le Pen de réduire la sanction des faibles excès de vitesse et d’accroître celle concernant les grands excès de vitesse ne peut que faire croître la mortalité globale. Cette mesure augmentera légèrement la vitesse de circulation moyenne d’un grand nombre d’usagers, et la dissuasion plus forte des très grands excès de vitesse d’un petit nombre d’usagers ne compensera pas cette augmentation. Cette décision serait comparable à l’attitude d’un médecin qui déciderait de ne s’intéresser qu’aux grandes hypertensions artérielles et qui réduirait son attention aux faibles accroissements de la pression artérielle.

La réponse d’Emmanuel Macron est beaucoup plus ambigüe. La partie la plus fragile du raisonnement du candidat est contenue dans le paragraphe : « La baisse de limitation des vitesses peut constituer une piste de progrès en la matière. Mais elle n’est pas la seule. Les accidents peuvent aussi survenir à des vitesses moindres, le cœur du problème étant l’éducation au respect des vitesses. ». Tous les accidents font intervenir la vitesse.

La courbe du risque lié à la vitesse commence à zéro km/h et les constats de terrain, qui ne sont pas des théories construites par des raisonnements, prouvent que la mortalité croît beaucoup plus en proportion que la vitesse. Compter sur « l’éducation au respect des vitesses » est un espoir dépourvu de réalisme. Le ministère des Finances ne compte pas sur l’éducation pour faire régresser la fraude fiscale, il effectue des contrôles et sanctionne les infractions. La suite n’est pas meilleure : « Je suis naturellement favorable, dès lors que les conditions de danger l’imposent, à abaisser la vitesse à 70. Mais abaisser en section courante la vitesse à 80 interrogerait l’ensemble de l’édifice. Il faudra donc conduire une réflexion cohérente incluant les effets sur le reste du réseau dans ce genre de décisions. ». Belles paroles qui n’ont pas de fondement sérieux. Les Flamands viennent d’adopter le 70 sur le réseau bidirectionnel sans s’interroger sur l’ensemble de l’édifice, les Wallons ont refusé cette mesure.

14/ Assurerez-vous le respect des limitations de vitesse en augmentant le nombre et l’usage des radars mobiles, en interdisant le signalement de tous les contrôles de vitesse par une loi ?

François Fillon ne se prononce pas sur l’interdiction de signalement des contrôles de vitesse qui est une mesure indispensable pour redonner de l’efficacité aux radars fixes et aux radars déplaçables.

La proposition de Marine Le Pen d’évaluer l’efficacité de chaque radar pour le maintenir ou le déplacer est une mesure qui repose sur une notion dépassée mettant l’accent sur l’importance des « points noirs ». La proportion d’accidents se produisant sur des sections limitées du réseau présentant un risque structurel élevé sur une faible distance est faible. La majorité des « points noirs » ont été éliminés. Actuellement le risque (qui a été divisé par 17 au kilomètre parcouru depuis cinquante ans) se répartit sur l’ensemble du réseau et il faut maintenir la dissuasion des excès de vitesse en tous les points de ce réseau. Quand six jeunes usagers se tuent sur une route de bonne qualité, la seule solution est de dissuader les excès de vitesse sur la totalité des réseaux sans séparation des sens de circulation et d’abaisser à 80 km/h la vitesse maximale sur ce type de réseau.

Le non à la seconde partie de cette question sur les radars concernant l’interdiction de tous les signalements des contrôles de vitesse par une loi bien conçue, remplaçant la réglementation inefficace actuelle, détruite par une décision de la Cour de Cassation, est une position irresponsable. Les conséquences dépassent l’insécurité routière.

Le refus de rendre efficace une méthode de contrôle d’un risque est une promotion de l’insécurité. Cette mesure est refusée par Benoît Hamon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Incompréhensible.

15/ Assurerez-vous la qualité du dispositif de retrait de points ?

Là encore, silence complet de François Fillon. Marine Le Pen refuse cette mesure alors qu’elle relève de l’équité la plus élémentaire. Il est inacceptable que la moitié des points de permis qui devaient être retirés ne l’aient pas été. La mesure est acceptée par les trois autres candidats. Les cafouillages dans l’emploi par les pouvoirs publics des nouvelles techniques de transfert et de traitement de l’information sont fréquents. La chaîne allant du constat de l’infraction jusqu’au retrait de points doit être totalement informatisée et sa traçabilité assurée pour vérifier la qualité du traitement. Le rapport Colin-Le Gallou de l’inspection du ministère de l’Intérieur a fait la liste des mécanismes de défaillance du traitement des infractions. Il faut les corriger.

16/ Créerez-vous une expertise technique des infrastructures routières comportant une programmation de la réduction des risques liés aux obstacles verticaux ?

Emmanuel Macron ne répond pas positivement à cette question. Tout ce qui est dit sur le sujet est intéressant, mais, en amont de tout cela, il y a la nécessité de mettre en place une expertise technique et il ne nous dit pas qu’il est d’accord avec sa création. Les méthodes existent. Il faut les appliquer, cela exige que des experts indépendants des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre établissent des bilans de la situation et que des programmes organisent et hiérarchisent les corrections les plus efficientes. Le traitement des obstacles verticaux est le premier programme à mettre en œuvre. Quand la chaussée d’une section de voie très circulée est refaite en 2016 avec une série de platanes à moins de 1 mètre de la limite de la voie, sans aucune mesure de sécurité, il s’agit d’une malfaçon. Une des trois méthodes efficaces pour traiter une telle situation devait être mise en œuvre (glissières, limitation de la vitesse, abattage et replantation au-delà d’un fossé correctement réalisé). La dévolution de la quasi-totalité du réseau non autoroutier le plus circulé aux départements a supprimé le rôle centralisateur et organisateur des pouvoirs publics nationaux. Le conflit d’intérêt doit être maîtrisé. Si l’on appliquait cette situation à l’inspection du travail, les inspecteurs seraient les employés des entreprises de construction !

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