Présentation du livre des 30 ans de la Ligue par “Le Parisien”

Editorial de Pondération

« Le vrai courage serait d’imposer le 80 km/h sur les routes »

Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière, qui publie un livre aujourd’hui, demande au gouvernement des mesures fortes, dont le déploiement de davantage de radars mobiles.

Propos recueillis par Frédéric Mouchon | 07 Mai 2015, 07h00 | MAJ : 07 Mai 2015, 09h10

L’abaissement de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur toutes les routes bidirectionnelles permettrait de sauver entre 400 et 450 vies chaque année selon le comité des experts du Conseil national de la sécurité routière. (LP/Philippe Lavieille.)

À la veille d’un week-end prolongé chargé sur les routes et à l’occasion de la publication par la Ligue contre la violence routière d’un livre intitulé « Objectif zéro accident » (Ed. les Petits Matins), la présidente de cette association, Chantal Perrichon, réclame une augmentation drastique du nombre de radars mobiles embarqués.

Elle demande aussi au ministre de l’Intérieur d’avoir « le courage » d’abaisser sur toutes les routes bidirectionnelles la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h.

Après une année 2014 marquée par l’augmentation du nombre de morts sur les routes, quelles mesures phares attendez-vous du gouvernement ?
CHANTAL PERRICHON. Il faut déployer massivement les radars mobiles embarqués de troisième génération. Seulement 180 radars de ce type sont utilisés dans les véhicules banalisés de la police et de la gendarmerie alors que les Britanniques, eux, en ont des milliers ! Et le pire est qu’en France ces radars ne sont employés que deux heures par jour en moyenne. Il en faut donc plus et s’en servir 24 heures sur 24. Ce déploiement massif permettrait en outre de supprimer progressivement les radars fixes dont les emplacements sont connus localement par les conducteurs. Nous demandons d’ailleurs l’interdiction des avertisseurs de radars. Il faut en finir avec tous ces petits malins qui signalent aux autres les contrôles de police alors que les forces de l’ordre peuvent être présentes sur le terrain pour des contrôles d’alcoolémie, de drogue ou des opérations antiterroristes.

Le ministre de l’Intérieur a annoncé l’expérimentation, cet été, sur quelques tronçons de route, d’une baisse de 90 à 80 km/h des limitations de vitesse. Cela vous satisfait-il ?

Il s’agit plus d’une observation que d’une expérimentation, car la limitation de vitesse ne sera réduite que sur cinq sites et quelques dizaines de kilomètres de tronçons. Le vrai courage serait de faire basculer à 80 km/h toutes les routes bidirectionnelles de France non équipées d’un séparateur. Ces axes-là concentrent 57 % des tués sur la route. D’après le comité des experts du Conseil national de la sécurité routière, y faire baisser la vitesse de 10 km/h permettrait de sauver 400 à 450 vies chaque année.

Mais Bernard Cazeneuve craint que cette mesure ne soit difficilement acceptée…
L’acceptabilité sociale est un faux débat. Lorsque François Mitterrand et Robert Badinter ont eu le courage d’abolir la peine de mort, une majorité de Français était contre. Quand la France a instauré l’obligation de porter la ceinture à l’avant en 1975, cette mesure s’appliquait en permanence sur les voies rapides urbaines mais seulement de 22 heures à 6 heures au cœur des agglomérations. Et il nous a fallu des années de combat pour imposer le port de la ceinture à l’arrière en 1990. Aujourd’hui, plus personne ne remet en cause l’intérêt de cette mesure. Ni la fin de l’amnistie présidentielle pour les délits routiers en 2002. Avant, les années d’élection présidentielle, la perspective de se voir amnistié incitait les conducteurs à se relâcher et on déplorait en moyenne 500 à 600 décès supplémentaires sur la route.

Peut-on vraiment se rapprocher de « l’objectif zéro accident » comme est intitulé votre livre ?
Pour y parvenir, il faut du courage. Malheureusement, les politiques rechignent à prendre des mesures qui risquent de les rendre momentanément impopulaires. C’est pourtant grâce à toute une série de mesures de sécurité routière que 40 000 vies ont été épargnées depuis 2002. Avant la généralisation des radars automatiques, un automobiliste risquait d’être contrôlé seulement une fois tous les quatorze ans. Aujourd’hui, c’est plusieurs fois par jour. Si l’on veut vraiment obtenir des résultats, il faut que les constructeurs généralisent le limiteur automatique de vitesse, comme le propose Ford sur l’un de ses modèles. Il faudrait aussi interdire toute pratique du portable au volant, pas seulement le kit mains libres. Car même avec un Bluetooth, le conducteur est distrait lorsqu’il téléphone et le risque d’accident est alors multiplié par trois.

« Objectif zéro accident », de la Ligue contre la violence routière, Ed. les Petits Matins, 388 pages, 18 €.

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