Les politiques coutumiers des infractions routières

Le cortège de François Hollande a été pris en flagrant délit d'excès de vitesse mercredi entre Paris et Caen.

Le cortège de François Hollande a été surpris à 170km/h sur l’autoroute entre Paris et Caen mercredi. Si les politiques sont habitués des infractions au Code la route, toutes ne sont pas justifiées.

Un journaliste de BFMTV a suivi et filmé la voiture du chef de l’État approchant les 170 km/heure sur l’autoroute entre Paris et Caen mercredi. François Hollande est loin d’être le premier homme politique à dépasser les limitations de vitesse.

«François Hollande est beaucoup plus soft que Sarkozy sur la route», assure Benjamin Lyonnet, journaliste au service enquête à Auto Plus. L’ancien président avait notamment été filmé par les caméras de l’hebdomadaire en avril dernier roulant à plus de 200 km/h sur une autoroute.

«Pendant la campagne de 2002, Lionel Jospin aurait perdu 16 points si toutes ses infractions avaient été comptabilisées», poursuit Benjamin Lyonnet. Rien que pendant l’été 2007, François Fillon, pilote de course à ses heures, avait commis quatre excès de vitesse (dont un à 77 km/heure en plein Paris), grillé 13 feux rouges, franchi cinq lignes blanches, emprunté quatre contresens et cinq voies de bus, rapporte encore Auto Plus .

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et Gilles de Robien, alors ministre des Transports, avaient même été pris en flagrant délit d’excès de vitesse le 27 octobre 2003, alors qu’ils se rendaient à La Ville-du-Bois (Essonne) pour inaugurer le premier radar automatisé.

Des excès de vitesse et infractions que les politiques justifient en invoquant des raisons de sécurité et le caractère exceptionnel de leur fonction. «On n’a pas la vie de gens normaux, il faut arrêter de croire ça. On est contraint par des dispositifs horaires, des éléments de sécurité, et les motards savent très bien qu’ils peuvent courir des risques, ça fait partie des aléas», avait déclaré Nadine Morano au Parisien en janvier dernier, après que son convoi avait renversé un jeune homme.

«La vitesse peut être une solution, pas un moyen de prévention»

Pourtant, rouler régulièrement au-dessus des limitations n’est pas une stratégie habile pour contourner le danger, explique Claudine Perez-Diaz, chercheuse au CNRS spécialisée dans les questions de sécurité routière. Réagir vite serait bien plus efficace que rouler vite. «Les politiques pensent qu’en roulant vite ils ont moins de chance d’être la cible d’un attentat ou d’un tireur fou. Or, ce qu’un politique devrait privilégier, c’est d’avoir une voiture avec une excellente reprise, pour pouvoir accélérer et partir en cas de danger effectif. La vitesse peut être une solution, mais pas un moyen de prévention.»

«Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais je ne pense pas que tous les excès de vitesse et autres infractions des politiques soient dus à des raisons de sécurité. Il s’agit surtout d’une question d’emploi du temps», estime Benjamin Lyonnet, d’Auto Plus.

Les agendas des politiques sont souvent surchargés, et ceux-ci peuvent être tentés de gagner du temps lors des trajets. «La phrase que j’entends le plus souvent, c’est: “Je devrais déjà être là-bas”», confie un chauffeur de ministre. «Pour faire ce métier, il faut être capable de répondre: “À bord, monsieur, le chef, c’est moi”!»

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