Emma, compagne de Thomas

« Il faut toujours se dire au revoir »

Je ne pensais pas que cette phrase deviendrait mon mantra. Et pour cause, à 24 ans, l’insouciance est le moteur de la vie, fort heureusement.

Pourtant, le bitume gris et froid a brisé les croyances qui étaient miennes, qui étaient nôtres.

Deux jeunes amoureux, en pleine organisation d’un mariage attendu par une famille heureuse et soudée. Un mariage sous le soleil du sud-ouest, au cœur de la vallée du Lot, face aux falaises plongées dans la rivière.

Thomas s’en est allée un matin de novembre 2007, sur cette moto qu’il chérissait tant. Un mardi froid, marqué par une grève usant les Parisiens. Un mardi comme un autre… Jusqu’à ce que la police vienne me chercher sur mon lieu de travail. Thomas était décédé le matin même, à La Celle-Saint-Cloud.

Deux visages juvéniles, non formés pour une telle annonce, font état de circonstances floues. Il ne faut pas en demander beaucoup. Une annonce banale pour eux, la fin du monde pour moi. De cet instant, je garderais en mémoire les moindres détails. La pièce, les odeurs, les regards hébétés des collègues, la solitude profonde, le monde qui s’ouvre sous mes pieds, le vide abyssal dans mon ventre, la douleur mêlée à la sidération, l’envie de retrouver mes parents. Et puis cette annonce, terrible, qu’il faudra faire aux siens.

La perte d’un être cher foudroie une famille, tel un éclair dans une journée sublime d’été. Pas le temps de reprendre sa respiration pour appréhender la nouvelle. Déjà, il faut répondre aux obligations administratives. Organiser un enterrement en plein tourment, se rendre chez le notaire, trier les affaires, être considérée par l’état comme un tiers puisque et s’acquitter d’une imposition de soixante pour cent sur ce petit appartement qui nous avait fait craquer. Puis repartir vivre chez ses parents, cassée par la vie.

La résilience n’est pas un mot galvaudé. Il m’aura fallu plus de dix années pour trouver le chemin qui apaiserait mes pensées. Jour après jour, avancer un peu. Laisser entrer doucement la lumière et ne plus se cacher dans la nuit noire.

Écrire le roman « Il faut toujours se dire au revoir » fut salvateur. La possibilité de coucher sur le papier l’histoire d’un bébé couple que la route a fracassé. Une manière de dénoncer les manquements humanistes et les absurdités administratives. Mais surtout, la volonté de rendre hommage à un homme qui aura pour toujours 24 ans et d’aider, peut-être, des personnes à trouver leur propre chemin de résilience.

Mon garçon a lu ce livre. En le refermant, il m’a dit une phrase « Tu as été si courageuse ». Les blessures de la vie ne doivent pas rester secrètes. Elles forgent les êtres que nous sommes et que nous deviendrons.

Dix-sept années plus tard, j’en suis convaincue. Thomas ne m’a rendue plus forte, il m’a rendue meilleure.

Le livre peut être commandé en direct à l’adresse : etmaplume@gmail.com

Instagram : @etmaplume

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État des lieux

 

Le bilan
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