Editorial de pondération n°111 avril – mai – juin 2017

Rassérénés par les bons résultats des deux premières années du quinquennat de F. Hollande(1), nous avons ensuite déchanté. La nomination de B. Cazeneuve au ministère de l’Intérieur a marqué la fin de l’efficacité de l’État pour la sécurité routière. Les protestations d’empathie envers les familles de victimes, les assurances d’engagement sans faille, ont tenté de travestir la crainte perpétuelle de déplaire durant ces années de mortalité croissante sur les routes. Or, la sous-utilisation des radars mobiles par insuffisance de personnels, la peur de neutraliser les avertisseurs de radars et d’abaisser la vitesse maximale sur le réseau secondaire, détérioraient les résultats.

Un flot de mesurettes inefficaces et d’affirmations sans fondement ont remplacé l’adoption de mesures capables de nous faire atteindre l’objectif gouvernemental de 2 000 tués en 2020. Cette faillite a été politique, nous ne l’oublierons jamais !

Les faits ont balayé sèchement les prétentions des gestionnaires pusillanimes de ce quinquennat.

Quelques rescapés des incompétences passées tentent bien piteusement de dissimuler leurs échecs, en invoquant le « plancher de verre », le refus social d’une politique contraignante, voire les revers d’autres pays européens. L’article d’I. Daoud dans ce numéro vous convaincra de l’inanité de cette esquive. La mortalité routière en France se situe hélas dans la moyenne haute de l’Europe et le premier semestre de 2017 laisse craindre le pire : nous allons sans doute vers une quatrième mauvaise année consécutive.

Convaincus d’avoir été trahis, nous aspirons aujourd’hui à plus de sincérité et de courage. Il en faudra pour maîtriser des lobbies devenus tout puissants, car « c’est la faiblesse de l’État qui fait la force des groupes de pression »(2). Nous avons pu le vérifier. Le « politiquement correct » a remplacé la connaissance, l’atermoiement… la décision.


Nouveau quinquennat, nouvelles espérances.

Mais comment ne pas s’alarmer de la nomination d’A. Bourolleau comme « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » à l’Élysée ? La satisfaction provocante et sans retenue de Vin et société(3) dont elle a été déléguée générale durant quatre ans, après avoir exercé ses talents de commerciale chez Baron Philippe de Rothschild, Heineken et l’Union des côtes de Bordeaux prouve que ses réseaux ont bien fonctionné, « que le vent tourne et la France remet enfin le vin à sa place(4) » et que « le lobby hygiéniste… business gavé de centaines de millions d’euros de subventions publiques (sic) » doit se le tenir pour dit ! Laisser croire qu’il y aura étanchéité entre la santé et la promotion du vin ne convainc personne, y compris ceux qui profèrent ces inepties.


Emmanuel Macron, dans sa profession de foi, s’est engagé à être un Président
« qui protège », notamment « les plus faibles ». Or, d’une part notre jeunesse est la proie ciblée par la publicité des alcooliers pour leur plus grand profit, d’autre part notre économie pâtit des 50 000 décès  prématurés chaque année dus à la consommation d’alcool. Pratiquer l’entrisme pour un lobby aussi toxique sans « en même temps » délaisser la santé des Français revient à résoudre la quadrature du cercle. C’est dire notre scepticisme et notre inquiétude !


Nous dédions ce numéro de
Pondération à une jeune femme de 26 ans, tuée en décembre 2014, dont le meurtrier vient d’être jugé. À 127 km/h, dans une rue de Caen, avec 1,80 g d’alcool dans le sang, ce multirécidiviste de 24 ans (jugé trois fois pour conduite en état d’ivresse) avait condamné à mort une conductrice et grièvement blessé sa passagère. Durant l’audience, son avocat s’est insurgé contre des réquisitions qu’il a jugées disproportionnées et a même tenté de s’opposer à l’annulation du permis !


(1) Avec une baisse de 9 % du nombre des tués chaque année, l’objectif de moins de 2 000 tués sur nos routes était atteignable. Hélas, une politique inadaptée, timorée a suivi, sanctionnée par une augmentation de 2 % du nombre de tués sur nos routes. Si le
cap avait été maintenu, deux mille familles n’auraient pas basculé dans l’horreur !

(2) Phrase extraite d’un Rapport sur l’alcoolisme, rédigé par un groupe de travail présidé par le Professeur Jean Bernard, à la demande de V. Giscard d’Estaing. Ont participé notamment M. Allain Régnault, journaliste, les Professeurs C. Got, B. Metz,
J.-C. Sournia, L. Averseng, magistrat…

(3) Association qui défend les intérêts du lobby viticole et se prétend acteur de la prévention, à l’instar d’Entreprises et prévention rebaptisée, Avec modération ! (car rien ne les arrête) que nos militants ont appris à connaître grâce au film de Coline Serreau
Tout est permis.

(4) Éditorial de D. Saverot dans La revue du vin français du 21 juin 2017.

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