Editorial de pondération n°110 janvier – février – mars 2017

Editorial

Rien de tel que l’insécurité routière pour mettre en évidence l’incompétence de décideurs politiques. Ainsi de 1997 à 2017, nous avons constaté une stagnation des résultats de 1997 à 2002, une division par deux de la mortalité de mai 2002 à mai 2009, puis des progrès plus lents jusqu’en 2013, pour finalement aboutir à une augmentation de la mortalité ces trois dernières années, ce que nous n’avions pas connu depuis 1972.

Alors que l’amélioration des infrastructures et des véhicules produit une baisse lente et régulière de la mortalité, l’action politique permet d’agir sur le comportement et de provoquer une réduction impressionnante de l’accidentalité d’une année sur l’autre, voire d’un mois sur l’autre quand les mesures annoncées sont crédibles.

Ces dernières années, nous avons pu observer une augmentation de la vitesse et nous en connaissons les raisons : refus de l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale sur les routes sans séparateur médian, crainte d’interdire les avertisseurs de radars, dysfonctionnements majeurs dans le retrait des points de permis(1) , et faible utilisation des radars 3e génération qui auraient dû être sous-traités dès leur mise en service en 2013.

Ajoutons (faute de place le bilan ne saurait être exhaustif) : un seul Comité interministériel que nous devons à la publication dans le JDD d’un rapport (2) de l’IGA, gardé sous le boisseau durant un an ; une succession de trois (!) Délégués interministériels : F. Péchenard, J.-R. Lopez et E. Barbe ; un ministre de l’Intérieur(3) qui invente « un premier plan d’ensemble de lutte contre l’insécurité routière » datant du 1er juin 1966… ; la démission de deux experts du Conseil National de Sécurité Routière (CNSR), C. Perez-Diaz et C. Got (4) qui ne voulaient pas se compromettre dans cette structure impuissante ; la création de l’amende forfaitaire délictuelle, saluée par le ministre de la Justice, J.-J. Urvoas, qui félicite la commission des lois pour son inventivité, alors que C. Taubira avait renoncé devant la malignité de cette proposition ; l’affaiblissement de la loi Evin, votée par la gauche en 1991 et laminée par le gouvernement en 2015, grâce à une manipulation éhontée par B. Leroux de la commission des Affaires sociales ; la défection, alors que nous sommes en état d’urgence, de ce même B. Leroux, devenu très brièvement ministre de l’Intérieur, qui n’a pas osé soutenir l’amendement du sénateur Jean-Pierre Grand demandant l’interdiction de tout signalement des forces de l’ordre ; une rubrique « À l’épreuve des faits » sur le site internet de la DSCR qui sert plus à cautionner la politique menée par le gouvernement qu’à rétablir la vérité des faits niée par les désinformateurs à la solde des lobbies ; la diminution injustifiée du seuil d’alcoolémie légale pour les conducteurs novices ; la « normalisation » des plaques de 2RM toujours illisibles pour les radars, la création du prix de l’innovation, concours Lépine pour les Géo Trouvetou de la sécurité routière ; des centaines d’heures de réunion pour les commissions du CNSR pour un rapport temps / recommandations / décisions, extrêmement coûteux et décevant, etc.

Pour escamoter ces carences destructrices, nous avons eu droit à 81 mesurettes inopérantes, remplaçant l’efficacité par l’agitation. Décernons une mention spéciale cependant aux « expérimentations » bidons qui n’ont pu dissimuler la crainte d’affronter les lobbies : 81 km choisis au doigt mouillé sur 380 000 km de routes concernées par le passage à 80 km/h, mise en place de la Circulation Inter Files des motards…

Pendant près de cinq ans, nous avons pu vérifier ce qu’un gouvernement ne devait pas faire pour plomber ce dossier de santé publique. Espérons que le prochain tirera les leçons de cet échec et tentera d’atteindre l’objectif de moins de 2 000 tués en 2020 !

Nous dédions ce numéro de Pondération aux six jeunes tués et un autre grièvement blessé, en ce début d’avril, dans un accident en Saône-et-Loire, lors d’un choc frontal sur une départementale.

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