Editorial de pondération n°109 octobre – novembre – décembre 2016

« Moi, je suis convaincu que ce que nous avons fait est bien… Le bilan est bon, et c’est parce qu’il est bon que nous devons nous adosser au bilan pour gagner l’élection présidentielle… »
Ces mots sont prononcés par notre inoxydable Premier ministre au 7/9 de France Inter le lundi 2 janvier 2017. Après la première salve du JDD du 31 décembre qui avait titré « Il est temps
d’être fiers de notre action » sur une double page d’interview de B. Cazeneuve, la secousse est violente. Comment ose-t-il ?

Le tout nouveau chef du gouvernement espère-t-il nous faire oublier que son impéritie pour traiter un sujet majeur de santé publique s’est soldée par un ratage historique ? Les hommes politiques
de ce quinquennat, refusant d’écouter les lanceurs d’alerte, paralysés par une aboulie pernicieuse, ont failli à leur mission de protection envers les jeunes et les plus vulnérables, et réussi « l’exploit » que vingt-neuf gouvernements successifs avaient évité depuis 1972, à savoir trois années consécutives d’augmentation du nombre des tués sur les routes.
La philosophie du « tous azimuts » qu’il a prônée, défendue bec et ongles par les fonctionnaires dépositaires des desseins de l’ancien ministre de l’Intérieur nous a conduits dans le mur, comme
cela était prévu et annoncé par les experts. Mais nous nous devons de reconnaître que dans la panoplie des 81 mesures égrenées depuis le début du mandat de B. Cazeneuve, nous avons quand même échappé à l’initiative surprenante d’un maire bulgare qui, pour conjurer « les mauvais augures » responsables selon lui de graves accidents, avait fait verser quelques dizaines de kilos de sucre sur des routes dangereuses ! Certes, ce Nicolas Grozev, maire de Nova Zagora, ne bénéficiait pas des recommandations d’un Conseil National de Sécurité Routière (CNSR) comme le nôtre, et ne devait pas davantage écouter les experts de son pays… Au final, la RCEA(1) aura échappé à un enrobage caramélisé avec survol de drones !

Les quelques mois à venir ne nous laissent guère d’espoir. Faute de se départir du même travers que ses prédécesseurs, Bruno Le Roux a prétendu le 23 janvier, lors de la séance plénière qui renouvelait le CNSR que : « … nous progressons, petit à petit, nous nous rapprochons, étape par étape, de l’objectif que nous nous sommes fixé : moins de 2 000 morts sur la route en 2020.

Plus que jamais, cet objectif doit être réaffirmé, car il est à la fois ambitieux, réaliste et accessible : en témoignent les résultats de ces cinq dernières années, en dépit d’une mauvaise tendance conjoncturelle ». Pourtant aucune mesure de rupture n’est prévue. Ainsi, grâce à notre accoutumance au « tous azimuts », nous n’avons pas été désorientés par les paroles du ministre à la séance publique du 24 janvier au Sénat. Il a préféré suivre les propos simplistes et « sincères » du rapporteur, M. Grosdidier, pour éviter l’adoption d’un amendement déposé par le sénateur J.-P. Grand sur l’interdiction de tout signalement des forces de l’ordre(2). Alors que la lutte contre
le terrorisme est une justification majeure, comme la sécurité routière, il est inacceptable que le ministre de l’Intérieur ait refusé cet amendement.

Toutefois, nous n’oublierons pas le binôme de ce quinquennat, pourtant improbable au départ, qui a uni les efforts de Manuel Valls, quand il était à l’Intérieur, et de Frédéric Péchenard, son Délégué Interministériel à la sécurité routière. Nous regrettons tous maintenant la période où ils ont travaillé de concert, car ils ont montré que notre cause peut réunir des responsables politiques qui font passer le bien commun avant leur intérêt particulier, et pour qui le courage n’est pas qu’un concept. Pas de rodomontades narcissiques, mais de la détermination et des mesures efficaces, notamment la mise en service des radars 3e génération. Ensemble, ils ont prouvé qu’il était mensonger de prétendre qu’il n’est plus possible à notre époque d’obtenir rapidement de bons résultats.

L’actuel Premier ministre ne peut ni faire abstraction du bilan catastrophique de ces trois dernières années, ni balayer d’un revers de main sa part de responsabilité pour des centaines de morts.

Se souvient-il d’avoir déclaré le 11 mai 2015 au CNSR : « Il me revient, et à personne d’autre, de définir une stratégie, de mettre en œuvre des mesures et de donner les moyens nécessaires à mes services pour mener ce combat contre l’insécurité routière ».

Effectivement, il lui revient et à lui seul d’assumer l’échec de sa politique de sécurité routière.

Nous serons la mémoire de cet échec. L’avenir jugera.

Je dédie ce numéro de Pondération à tous les jeunes de ce pays qui auront perdu la vie durant ce quinquennat funeste.

Imprimer cette page

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *